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jeudi 30 octobre 2014

Carafe

Carafe : dans un groupe il est fréquent que la gourde ou la cruche reste en carafe, surtout si en plus, elle traine des casseroles. (source : http://www.expressio.fr/)


Un belle bande de gagnants (photo The New York Times)


Ah ! Les vacances scolaires, ce moment formidable pour remplir sa jauge de parent parfait (enfin si t'as la chance d'être en vacances aussi). Les dernières vacances en tête à tête avec ma fille pour ma part, l'occasion de mettre le paquet.
Genre "viens on traverse Paris pour aller voir Peter Pan" "Tiens une glace" "Viens on construit une maison de poupée" "D'accord on joue à la 50ème partie de Mistigris".
Et puis dans tous ces moments, on discute beaucoup, c'est chouette un enfant de 4 ans, ça a beaucoup de conversation, ça pose pleins de questions, c'est toujours d'accord pour faire pleins de corvées aussi, mais ça c'est une autre histoire.
La dernière fois pendant le repas en tête à tête, on parlait du bébé à venir, elle posait plein de questions, les histoires de graines cul-cul toussa toussa. Evidemment, moi gonflée à bloque, genre c'est trop facile d'expliquer la vie à une môme de 4 ans, je vois pas en quoi y'a besoin d'en faire tout un flan et de rameuter les pedopsy machins. J'ai juste eu le temps de terminer cette pensée que la question qui tue est sortie, j'ai failli m'étouffer avec mes flageolets : "Mais maman la graine, papa il l'a mise comment ?"
J'ai regardé ma fille qui soutenait mon regard du genre "on sortira pas des flageolets tant que tu me répondras pas maman".
J'ai perdu tout mon aplomb, j'ai eu envie d'appeler Claude Halmos sur le champs, j'ai couru dans la chambre de la môme pour trouver des livres qui causent de la vie.
J'avais envie de pleurer, dans les deux livres que j'ai, aucun n'explique au gosse comment la graine elle est venue. On explique surtout ce qu'elle devient cette foutue graine.
Et toujours le regard interrogateur de ton môme qui se demande pourquoi c'est si difficile d'expliquer comment papa il a mis la graine. Après avoir bredouillé dans tous les sens je me suis lancée dans la véritable explication, adieu la graine, le jardinage et les papillons.

"Tu vois papa et maman ils ont fait un câlin spécial, et papa il a mis le kiki dans la zezette de maman et la graine s'est déposée dans le jardin de maman"

Finalement s'est pas si terrible, m'enfin là j'étais pas au bout de mes peines les gars.

"Mais maman moi aussi j'avais envie d'être avec vous pour faire un câlin, et je voulais voir papa mettre la graine" (là à ce moment là, tu te sens très seule, tu sais plus quoi faire, tu voudrais que quelqu'un vienne te sauver, genre Super Zizi)

"Ah oui ma chérie, mais alors c'est un câlin très spécial qui se fait qu'entre maman et papa vois-tu, personne peut être là, c'est un moment juste entre papa et maman (et le chat aussi qui vient toujours se rincer l'oeil à cet instant, mais je lui ai pas dit, faut pas déconner)"

"Ah mais c'est nul, et puis cette graine maman, c'est quoi au juste ?"

"Un spermatozoïde, tu finis tes flageolets ma puce ?"

Après on a fini les flageolets, elle a changé de sujet, je pense qu'elle avait ses réponses mais en fait c'est pire que les films avec 3000 suites cette histoire...

... quelques jours plus tard dans le bus bondé elle me demande, avec la discrétion légendaire d'un enfant de 4 ans "MAMAN TU VEUX BIEN M'EXPLIQUER ENCORE LE CÂLIN SPÉCIAL DE PAPA ET LA GRAINE".

Allo ? Le centre aéré ? Il vous reste de la place pour les vacances ?!



mardi 5 novembre 2013

Relation

Relation : du latin "relatio". Récit, narration.


Prologue : L'autre jour, je débattais sur la langue française, et sur l'intérêt de connaître l'origine des mots que nous prononçons.
Souvent quand je choisis un titre, c'est lui qui me porte sur mon billet. Je dois reconnaître qu'aujourd'hui c'est particulièrement le cas. Finalement, tu as raison, il est toujours intéressant de savoir d'où vient le chemin, ça nous permet de savoir où nous allons.


Alabama Monroe (The Broken circle breakdown)

J'ai commencé mon rattrapage du 7ème art.
J'ai vu Alabama Monroe.

Je préviens tout de suite je ne suis pas critique de cinéma. Et c'est pas un article dans ce sens.

La relation qu'on a à l'autre, ce qui qui nous lie tellement fort et qui peut tout détruire. C'est ainsi que je résume ce film.
Il m'a terriblement bouleversée. Je l'ai trouvé horrible. Insupportable. Je n'ai jamais vu un film qui traite aussi brillamment de la relation du couple et de sa destruction totale. Je dois reconnaître que j'ai une adoration pour les films qui traitent des sentiments, qui nous décortiquent dans tous les sens. J'aime les films lents, avec des peintures dégoulinantes de sentiments. Mais pas de bons sentiments. Les films belges, me bluffent. À chaque fois que j'en vois un, je le trouve grandiose.

Ce film a eu un effet positif, j'ai énormément pensé à mes parents. Je me suis souvenue de mes parents face au même combat. Avec la même fin. Et je les ai aimés encore plus fort.
Je me souviens d'avoir été témoin de la destruction totale de leur couple face à la même maladie. Au même âge.
J'avais des yeux d'enfant. Aujourd'hui quand les souvenirs remontent, j'ai cette impression de suffocation.
Exactement la même impression en voyant ce film. On suffoque.
La relation qu'on a à l'autre est terrible. Elle permet les plus belles choses, donner la vie (la liste est ouverte, donner la vie n'est pas l'unique sens d'une vie mais c'est le sujet ici) et en donnant cette vie, on lui donne aussi la mort.
Elle arrive parfois bien trop tôt. Et le couple doit faire faire face.
Dans le cas de ce film, et dans le cas de ma vie, ils ne font pas face, ils s'accrochent aux bords, ils survivent.
Dans le film, la fin est à la fois d'une tristesse absolue, mais salvateur pour le spectateur, la suffocation prend fin.
Dans le cas de ma vie, la vie a continué. Ce qu'il y a de merveilleux dans un film c'est qu'il n'y a pas d'après. On peut enfin reprendre son souffle.

Dans la réalité il y a un après. La vie a continué, comme elle a pu. Il y a eu avant et après. Je n'ai jamais retrouvé mes parents comme avant. Et ils ne se sont jamais retrouvés comme avant.
Je n'ai jamais retrouvé ma place. Elle avait disparu. Je suis devenue la seconde. Ma relation à cette troisième place, avait en apparence disparue. Pourtant je l'ai retrouvée dans beaucoup de mes relations. Aucun de nous n'a pu retrouver cet avant, on a brodé nos vies autour de cette disparition.

Dans le film, les oiseaux sont venus. Une pie a frappé à la fenêtre. D'ailleurs ce moment du film est très beau, très intense.
Dans ma vie ils sont aussi venus. J'ai la photo d'une pie, vivante, sur un lit, dans une chambre d'enfant. Elle avait dans son bec un jouet d'enfant. Elle avait attrapé dans cette caisse le seul jouet lui appartenant.

Dans le film les acteurs excellent dans leurs rôles. Dans ma vie, mes parents n'avaient pas de script.

Dans ce film la musique est très belle, très triste. Dans ma vie aussi.

Dans ce film le réalisateur s'appelle Félix. Dans ma vie aussi.


La relation, c'est le récit d'une vie.


dimanche 20 mai 2012

Tout un monde

Tout un monde : En tout cas celui d'Hélène Ventoura.

Il y a des quartiers de Paris qui me rappellent avec beaucoup d'émotions, mes premières fois. C'est toujours avec une nostalgie et une pointe d'amertume que j'y retourne. Toute cette vie d'avant. Toutes ces traces de pieds qui se sont effacées depuis la dernière fois.
Souvent, quand je me promène seule dans Paris, je m'efforce, de me rappeler la sensation qui me parcourait à cette époque : Ce tourbillon, cette effervescence. C'était mon opium à moi. Une incommensurable joie d'être à cette ville.

Parfois, je retourne dans ces lieux, plus pour les mêmes raisons mais toujours, avec, l'infime espoir, de revivre ces souvenirs et cet opium. Un peu comme une vieille amoureuse.
Et parfois ça fonctionne. C'est grâce à une jolie fille qui fait des bulles, elle m'a soufflé une goutte de savon et m'a embarquée pour Tout un monde.

Tout un monde, c'est le dernier spectacle d'Hélène Ventoura, un monologue clownesque. Mais sans perruque et sans sourire, enfin si, le sien. Et le nôtre.
C'est un clown lunaire et désarticulé qui vient dans sa lumière, nous raconter une histoire, celle de Cendrillon. Mais ce n'est pas une simple histoire de Cendrillon, c'est LA véritable histoire de Cendrillon. Celle où elle n'a pas écouté sa marraine la fée, où elle a fuit son pays, prête à trouver le véritable amour, celui qui la fera vibrer. Non, ce n'est pas l'amour qui lui était promis comme sous la plume de Perrault et des Frères Grimm. Ce sera le sien.



En chemin, elle rencontrera beaucoup de monde cette Cendrillon, son conteur ne doit surtout pas perdre le fil de cette aventure cocasse. Beaucoup de monde va mourir dans son histoire, tout autant qu'il en ressuscitera. Cendrillon va être à l'origine de grands bouleversements, elle va créer un raz-de-marée, se transformer en nain, mais aussi en géant. Elle deviendra sirène et aussi lapin blanc. Elle aimera tout un tas de personnes. Pourtant, un seul amour vivra avec elle dans sa maison en forme de coeur.
Notre conteur clownesque nous fera hurler de rire, même en nous parlant du pays de la solitude et celui des regrets.
Et tous ces mots infinis qui vont se dérouler sur ce fil hilarant. Dans ce monologue, on va rire, beaucoup, et pleurer un peu. Parce que, sous toute cette folle histoire, un clown nous raconte à demi-mots, à quel point il est dur de mener sa vie, d'être une femme, de faire ses propres choix et surtout de se tromper.

Evidemment, je ne peux que vous conseiller d'aller écouter ce que dit ce clown si attachant. Et je peux vous assurer que vous n'aurez plus jamais peur des clowns après ça !
On vous emmènera au Paradis et vous passerez un chouette moment. D'ailleurs, vous venez avec moi ? j'y retourne !

Informations : Tout un monde au Théâtre du Lucernaire jusqu'au 23 juin 2012, tous les soir à 21h du mardi au samedi. Réservation : 01-45-44-57-34

vendredi 6 janvier 2012

Humanité

Aujourd'hui j'ai reçu dans ma boite mail le texte de Constance, je connais bien Constance, ça fait un petit peu plus de 22 ans que je l'ai choisi. Je pense que je ne l'ai pas choisi au hasard. Un matin d'Octobre je devenais sa première fille. 
Constance nous offre une très belle vision de l'humanité et une tactique d'offensive contre l'envahisseur. Nous-même ?


Humanité : Humanité n.f; (définition du Robert des collèges) 
1 philos. caractère de ce qui est humain ; nature humaine (opposé à divinité, à animalité) 
2 Sentiment de bienveillance, de compassion envers autrui 
3 Le genre humain, les hommes en général 4 au plur. étude de la langue et de la littérature grecques et latines.


La boite à fourmis.

Il y a eu des orages terribles dans ma région : des gens sont morts, des bâtiments ont été détruits.

Moi, j'ai eu les fourmis d'Argentine. Elles sont rentrées par les prises électriques et les joints du carrelage.
Elles ont entamé leurs défilés mieux réglés que ceux du 14 juillet.

J'ai essayé le liquide pour vitre : utile tactiquement mais inefficace à long terme ; le liquide vaisselle énergique stratégiquement mais beaucoup trop poisseux.
Inlassablement elles envoyaient leurs éclaireurs bientôt suivis de cohortes : l'armée romaine était dans mes murs.

Alors j'ai contre-attaqué : le pulvérisateur, hors de prix et surtout pour la cuisine comment ne pas s'empoisonner ? J'ai trouvé la boite à fourmis : elle est rouge avec trois petites entrées et remplie d'un gel évoquant le silicone pour prothèses mammaires de truie. C'est très vicieux car les fourmis en raffolent mais elles ne meurent pas
immédiatement ; elles ont le temps de ramener le poison dans leur nid.

J'ai cru gagné mais ce matin il y a eu une offensive après 2 jours de répit, oh timide mais tout de même : j'ai déplacé la boite en ayant presque pitié et j'ai pensé que nous avions nous aussi nos boites à humanité.

Tous les gens et les situations où le poison du mauvais esprit nous contaminent et que nous rentrons bernés propageant chez nous ces ondes mauvaises

Alors je vous souhaite de trouver les bonnes boites à humanité, de celles qui donnent la bonté, la générosité, l'amitié pour y goûter d'abord et ensuite les ramener à ceux qui nous côtoient.


Meilleurs voeux pour 2012.







jeudi 13 octobre 2011

Intimité (Pour une aubergine)

Ma copine Fesse-fouillie s'est prêtée au jeu du mot de l'autre. Fesse-Fouillie, celle qui nous parle d'AMP mieux que personne, celle qui nous fait rire et celle qui est devenue mon amie. Mais genre une vraie amie. Genre si on ne s'est pas envoyées 25 mails dans la semaine c'est que y'a une couille dans le pâté. Elle m'a envoyé un texte intitulé "Intimité pour l'aubergine" j'ai trouvé ça drôle comme titre. Et puis toujours avec de l'humour  ce soir elle vient nous causer d'intimité, pas pour une aubergine, mais de son intimité à elle, telle qu'on ne la connaît pas. 

Intimité : (ce qui est le plus en dedans et le plus essentiel, source : le Littré)

J’ai un blog sur lequel je raconte quand j’ai mes règles. Dimanche sur twitter j’ai posté « Je viens de me disputer avec mon mari, je le déteste et je veux divorcer ». Et souvent, je me retiens de prévenir quand j’ai envie d’aller faire caca sur les réseaux sociaux.
Je me demande ce qu’il me reste d’intime.
Dans mon blog, je dis des trucs tellement intimes que je peux pas les dire aux vrais gens de la vraie vie, à qui je dis pas à quel point c’est difficile des fois, de pas pouvoir avoir d’enfant, pour assurer jouer correctement mon rôle social de fille pas désespérée. Parce qu’en vrai, intimement, je me sens comme une fille complètement désespérée. Enfin, pas là tout de suite, parce que là jeudi prochain je vais faire mon transfert d’embryon congelé, et je suis quasiment sûre que d’ici la fin du mois je serais enceinte (hahahahahaha, oui, vous pouvez rire aussi. Mais là j’y crois à mort n’empêche).
J’ai vraiment du mal à doser quand je suis sur twitter ce que je peux dire et ce que je ne peux pas dire de ma vie privée. J’en dis bien plus que sur mon blog, sauf que plus ou moins deux cents personnes matent en permanence ce que je dis, et que je les connais ni des lèvres ni des dents (ce serait drôle, avoir eu un rapport oral avec les deux cents personnes qui me suivent. Ahahah. Nan je déconne, quelle blague pourrie, c’est même pas drôle.)
Donc en fin de compte, que me reste-t-il d’intime ? Peu de gens dans ma sociabilité virtuelle savent mon prénom et à quoi je ressemble. Peu de gens savent où je vis, quel est mon film préféré. Peu de gens savent quand je vais vraiment mal, même si on peut le percevoir entre les lignes, j’essaye toujours de noyer le poisson, et puis j’ai de la chance, c’est pas si souvent non plus que ça arrive.
Je ne sais pas vraiment ce qu’il me reste d’intime. Ma famille, dont je ne parle pas plus que ça. Les choses et les gens que j’aime pardessus tout.  Faut avouer aussi que la vie qu’on présente sur internet, elle est théâtralisée : on n’y est pas le même que ce qu’on est dans la vraie vie (je voulais pas vraiment divorcer de mon mari dimanche, enfin si, mais je savais que ça allait durer que quelques heures quoi), on est un autre soi, si possible qui peut faire kiffer la vibes aux autres pour avoir un lectorat. Oui parce que c’est quand même pas un journal intime mon blog. Et mon but à l’origine, si vous vous rappelez, c’est pas seulement de raconter ma life, c’est aussi de communiquer sur l’AMP, en faisant des blagues grasses et en parlant glaire cervicale. Et puis j’ai pas encore posté de photo des effets du progynova sur ma culotte, comme quoi il me reste encore des choses très personnelles et beaucoup de pudeur. 

J'ai googlisé Intimité et bim voilà le chef-d'oeuvre

jeudi 6 octobre 2011

Désir

Y'a quelques jour, voir quelques semaines, c'était bien un jour ça c'est sûr,  j'ai reçu un drôle de courrier dans ma boite au lettre virtuelle. Un courrier Anonyme en plus !
J'ai eu les larmes au yeux et je me suis souvenue, moi aussi, dans cette étrange période qu'est la grossesse, que j'ai abrité ce mot dans ma caboche.

Chère Aubergine,

J'ai lu que tu recueillais des mots dont plus personne ne voulait, mais est-ce que tu me garderais quelques temps un mot qui ne veut plus de moi ? Genre tu le mets en garderie, tu lui donnes des compotes et tout, mais il garde la petite étiquette avec mon nom dessus, et je peux venir le rechercher ?

Ce mot-là c'est désir. Et j'imaginais pas le lâcher un jour.

Désir, nom masculin (Dictionnaire de la langue française)
Sens 1 Envie, fait de vouloir quelque chose. 
Sens 2 Chose désirée.
Sens 3 Attirance, appétit sexuel.

Je suis enceinte de 8 mois et ça fait 8 mois que ma vie sexuelle a l'encéphalogramme plat.
Je suis complètement perdue en fait.

Au premier trimestre j'avais pas envie. J'avais peur de dégueuler sur mon partenaire. Je ne juge pas ceux que ça excite, note bien, mais nous, non.
Ensuite j'ai pris beaucoup de poids. Mon ventre est devenu proéminent, magnifique. Mon compagnon et moi on peut le regarder des heures, le caresser, s'émerveiller. Encore plus depuis que le petit gars dedans le fait bouger.
C'est sensuel, si on veut. Mais alors pas libidineux pour un sou.

Tu me diras, et l'homme ? Lui est bouleversé par mes nouvelles formes. Enfin par mon ventre surtout. Il remarque à peine mes seins qui ont triplé de volume. 
Lui non plus n'a pas envie.

Tu me diras, hé bien voilà, il n'a pas envie, tu n'as pas envie, personne n'est frustré. C’est une période sans et puis c'est tout, c'est pas grave, vous retrouverez le chemin de la baise joyeuse dans six mois ou un an (Oui je doute que les affaires reprennent juste après l'expulsion de la crevette), personne ne souffre donc ne te prends pas tête. C'est normal, ça arrive, période de grands bouleversements, émotionnels, hormonaux.

Sauf que si, j'en souffre. Je ne suis pas vraiment frustrée sexuellement (vu que je n'ai pas envie de sexe) mais je suis frustrée de désir (j'ai envie d'avoir envie, comme dit le poète).
Ça a vachement d'importance le sexe pour moi. Et puis j'ai peur que ça revienne jamais.
Si ça se trouve j'aurai plus jamais envie, lui non plus. Alors que misère, on adore faire l'amour ensemble, c'est quand même trop con.

En fait j'étais persuadée que j'allais être une furie du sexe pendant la grossesse. Que j'allais me trouver belle, que j'allais être sensuelle et bourrée d'hormones. En fait je me trouve belle, mais lourde, pas du tout libre de mes mouvements. Pour la sensualité ok aussi, mais là encore c'est une sensualité pas vraiment sexuelle, concentrée sur la tendresse. Mon homme et moi on regarde mon bide les larmes aux yeux, bizarrement on n'a pas envie de se sauter dessus pour tenter la toupie sénégalaise. Et les hormones, à part me rendre encore plus hypersensible que d'habitude ...

Hier soir j'en ai pleuré. C'était pas seulement les hormones. 
Le truc c'est que je m'étais jetée sur mon homme, ouais, youpi, j'avais eu envie, première fois depuis plusieurs semaines ou mois, et ... je l'ai chatouillé. Sans faire exprès, je veux dire.
D'habitude ça m'aurait fait marrer aussi (je rigole beaucoup pendant l'amour, ben ouais, c'est quand même pas tragique comme activité) et je serais repartie derechef à l'assaut.
Là ça m'a tout coupé, je me suis dit que j'étais nulle décidément, et j'ai fondu en larmes devant le pauvre homme qui n'y comprenait mais (et qui a dû se la mettre sur l'oreille) en disant "chuis fatiguée, chuis fatiguée, c'est rien, c'est pasque chuis fatiguée". Et puis je me suis endormie dans la foulée (comme quoi j'étais fatiguée).

Alors voilà, je te laisse mon mot adoré. J'espère passer le chercher dans pas trop longtemps, mais là, je sais plus quoi en faire. Je suis à peu près sûre que chialer dans mon oreiller va pas nous aider à être en meilleurs termes, tu vois. Donc je te le confie, pour quelques temps. 
Tu en prends soin.
Tu découds pas l'étiquette.



©AubergineDivine


Bisou


Aubergine

lundi 3 octobre 2011

Brisé

C'est au tour de MamanSioux de me confier ses mots. C'est avec grand plaisir que j'abrite ici son histoire d'amour passée et ce temps suspendu.
J'en profite pour rappeler que c'est avec malice et plaisir que j'abrite les mots cabossés, les mots qu'on ne veux plus, les mots qui nous font honte et même ceux qui font notre bonheur. C'est avec fierté que je prends dans ma caboche les mots oubliés des autres, alors si l'aventure vous tente,  bienvenue !


Brisé : Synonyme : détruit, cassé.
Briser avec quelqu’un : rompre les relations.
(source : Mediadico)


J'ai rencontré S. par l'intermédiaire d'une amie, lors d'une visite que j'étais venue lui rendre, à 4h en train de chez moi, pour le week-end. Assez sceptique au début puis me laissant aller au cours de la soirée, je m'étais laissée couler dans les bras de S. et abandonnée à ses baisers langoureux. Etant donné la distance qui nous séparait, nous nous voyions les week-ends, tous les 15 jours, tantôt chez lui - qui vivait toujours chez ses parents et avait par ailleurs 2 ans de moins que moi, tantôt chez moi - dans mon petit appartement étudiant qui me permettait de savourer ma liberté de mouvement et de "réception d'hôtes".

Nous n'avions en réalité par vraiment les mêmes centres d'intérêts, pas les mêmes divertissements, pas la même expérience de la vie, pas le même milieu "socio-culturel" dirait l'INSEE. C'est vrai qu'avec lui, je ne parlais pas beaucoup ; quand on me connaît d'habitude, particulièrement passionnée d'échanges en tous genres, bavarde quoi ! - ça peut surprendre. Mais il était tendre, on passait tout de même de bons moments, je m'intéressais à lui et à ses passions. Je me doutais que cette relation ne me mènerait nulle part mais elle me convenait tout de même en l'état des choses, je m'attachais tout de même.

C'est quand, un soir, il a refusé avec véhémence un jeu amoureux - pour ne pas dire sexuel - puis fini en larmes contre mon épaule, dans le noir de la pièce et la chaleur du lit, que j'ai commencé à gamberger. Je n'ai pas osé le questionner, je n'ai pas senti cela approprié. Je me sentais inutile. Je ne pouvais que l'entourer de mes bras, ce grand jeune homme d'1m95, le serrer ni trop fort ni trop peu, lui caresser la tête, lui dire que j'étais là pour lui... faire en sorte qu'il n'ait pas honte d'évacuer son mal-être tout contre moi et espérer que cela pourrait, peut-être, l'apaiser un peu...

Notre relation a duré 4 mois et s'est lentement effilochée, à son initiative. Un autre épisode de ce type s'est produit, lors duquel, entre deux sanglots, il a formulé quelques bouts de phrases d’où perçaient la détresse "je ne voulais pas", "pourquoi on m'a fait ça ?". Si j'avais à présent deviné avec certitude ce qui avait pu lui arriver, je ne pouvais que compatir, je ne voyais toujours pas quoi faire et tant qu'il ne me l'avait pas dit clairement, je n'osais pas aborder ce sujet, faire remonter à la surface une fois de plus un drame qui devait déjà le hanter suffisamment.

C'est le jour de notre rupture, où nous avons passé un très long moment dans un parc à discuter, nous embrasser et pleurer (pleurer, c'était uniquement moi d'ailleurs), qu'il a tout lâché. Il m'a confié la date de son traumatisme, l'identité de son bourreau, les conséquences sur sa vie, son corps.
Un instituteur avait eu la bonne idée d'avertir ses parents d'un traumatisme qu'il pensait avoir décelé, amenant S. à rencontrer un pédopsychiatre dans sa prime enfance. Au terme de la séance, après que le professionnel eut raconté à ses parents le traumatisme dont leur fils avait été victime, ceux-ci questionnèrent l'enfant pour savoir s'il souhaitait poursuivre ses séances. Il répondit que non et n'y retourna plus jamais. Tout suivi s'arrêta là et j'ai la sensation que la vie reprit son cours "normal". J'avoue avoir été un peu scandalisée par le peu de cas que ses parents semblaient avoir fait des soins dont il aurait eu besoin pour apprendre à vivre avec cette horreur, la formuler, la dépasser, pour survivre au mieux après ces actes qu'aucun être humain - a fortiori un enfant - ne devrait avoir à subir un jour.

Il n'admettait pas que peut-être, sa conduite plus ou moins addictive face à certaines substances plus ou moins licites avait cet événement pour origine. Je ne souhaitais pas faire de la psychologie de comptoir car après tout, j'en ai rencontré d'autres depuis, lors de mes études notamment, des jeunes à la conduite addictive. Tant et tant qu'il était difficile d'imaginer que pour chaque joint tiré chaque soir de la semaine, sans faute, une telle blessure pouvait en être a l'origine. Ou bien l'humanité était-elle si malheureuse que cela ? Tant d'enfances que ça ont-elles brisées, qu'importe la raison ?

Je ne sais pas si c'était nécessaire à la rupture pour lui mais ce jour-là, dans le parc, S. m'a aussi dit des choses pas très agréables à entendre me concernant (une jolie comparaison entre moi et sa toute première copine, la seule qu'il ait vraiment aimée - sic, et d'autres encore moins flatteuses). Puis S. a continué son bonhomme de chemin. Un jour, il m'a envoyé un texto pour reprendre contact, texto que j'ai préféré ignorer. Plus tard, il m'en a envoyé un autre pour me dire son bonheur de me savoir en couple avec un homme qui me convenait. Je n'ai pas répondu.

S., qui porte le même prénom que Papa Sioux et grâce à qui, dans un instant d'amusement de célibataire un peu joueuse, j’ai fait cette remarque à un ami "Ah tiens, ça serait marrant de rencontrer ton pote S., il porte le même prénom que mon ex !". Trivial, superficiel.
Mais un signe comme un autre, plutôt bon finalement.



jeudi 8 septembre 2011

Harceler

Et voilà qu'aujourd'hui la catégorie "Mot d'un autre" ouvre ses portes. Je suis très fière de pouvoir héberger par ici le maux de Maritournelle. Un texte poignant, j'ai l'impression de lire deux naissances plutôt qu'une. Merci à Maritournelle de m'avoir fait confiance et d'avoir accepté de se prêter au jeu du mot.  (j'ai laissé son texte tel quel avec la police d'écriture qu'elle a choisi ainsi que sa photo)
Vous pouvez découvrir aussi une musique River Flow in You de Yiruma, choisie par Kodaklesgars, celle qui sait nous faire pleurer silencieusement ! (vous devez lancer l'écoute Deezer vous-même à la fin de l'article)
Bonne lecture et bonne écoute !

Harceler :  Verbe transitif, sens : Faire subir à quelqu'un de petites attaques souvent répétées. Synonyme s'acharner
©Maritournelle

Au début tout est normal. Il y a ce manque de confiance en moi, ce mal-être que je combat depuis longtemps mais je me dis que c'est l'adolescence, que ça passera. Il y a ces conneries que je fais, ces mecs de passage - toujours plus loin, toujours plus glauques.

Il y a cette vie que je peine a construire, ces réorientations permanentes, ce permis que je n'arrive pas a passer, ces doutes, cette timidité.

Alors je me dis que j'ai peut-être un problème, et je la laisse me traîner chez le psy. Après tout elle est éduc, elle s'y connaît, elle en voit passer des jeunes gens en difficulté. Elle pense que je suis "comme mon père". Mais heureusement, si je l'admet, je pourrais être soignée.

Mon père je lui parle un peu et je me dis que c'est bizarre, tout de même.
Il l'aurait battue ?
Il m'aurait battue ?

Je l'ai entendu si souvent répéter, à tout va. Je me disais que c'était vrai puisqu'elle l'avouait à tout le monde, sans état d'âme. Mais quand même, mon papa, je le connais un peu et il ne ressemble pas à cet horrible monstre dont elle parle. Mais mon papa, il est secret et il se dévoile peu. Il ne veut pas me dire du mal d'elle. Alors, je me dis que s'il refuse d'en parler, c'est peut-être parce qu'elle a raison.

Un jour, je rencontre un mec bien, je tombe amoureuse et je vais vivre loin de mes démons avec lui. Mais ça ne va toujours pas. Je hurle souvent. J'ai peur, je me hais, je voudrais mourir. Il y a ces crises violentes, dures, angoissantes. Les flics qui débarquent parce que j'ai crié trop fort.

Alors il y a encore des psys, encore des remises en question, encore des théories. Je me demande si ça vaut le coup de continuer a m'acharner, si je sortirais un jour de cette foutue maladie qui m'empêche d'être heureuse.

Au milieu, il y a de nouveaux essais qui se soldent en échecs. Le permis. Les études. Mon poids. Je ne vais pas jusqu'au bout. Je quête la sérénité mais elle m'échappe sans cesse. Je commence à écrire, je commence "Ma Grande Quête de la Sérénité"

Et j'ai des réminiscences. Des petites phrases assassines, venues de je ne sais où.
A l'école primaire : "ne te tiens pas comme ça, tu as l'air enceinte tellement tu es énorme"
Au collège, des disputes tellement violentes qu'elle en cassait des objets dans ma chambre.
Au lycée, des fugues et des gifles.
Je me souviens maintenant, mais c'est parce que j'étais mauvaise. J'étais malade, déjà.

J'essaie de lui en parler. Parfois ça va, parfois on avance un peu. Souvent je "déforme la réalité". Alors je me tais et je cherche des moyens de me soigner. Des plantes, des cures de sommeil. Mais les crises reviennent, ce que j'appelle "Le retour du Gafard" : cris, larmes, enfermement. Isolement.

A Paris, je rencontre des amis et je coupe un peu les ponts avec ceux d'avant, ceux qui me rappellent ma douleur. Je construis des choses et puis je demande mon Amoureux en mariage. Quelques mois plus tard, il me demande lui aussi en mariage. On sait tous les deux que ce n'est pas anodin, qu'il y a un besoin d'émancipation pour moi, une manière de couper, d'aller de l'avant. Faire un pied de nez à cette fichue maladie. Je mets des mots dessus : Maniaco-Dépression. Voilà, je crois que je suis bipolaire, maniaco-dépressive.

Les préparatifs vont bon train. Quelques anecdotes devraient me mettre la puce à l'oreille mais je m'obstine à ne rien comprendre. Même lorsqu'elle me dit "Cesse donc d'être désagréable ou Chéri-Chéri te quittera", je ne relève pas. Je la crois - je suis mauvaise, si mauvaise. Bien sûr, qu'il me quittera si je continue à ne pas être gentille, souriante. Soumise.
Mais j'ai un amoureux qui ne l'entends pas de cette oreille et qui me respecte. Qui me pousse à me respecter moi-même. Et qui ne me quittera pas.

Quelques mois avant notre mariage, elle a une dispute avec Chéri-Chéri et prends à témoin la maman de celui-ci. Je reçois quelques textos ravageurs. Je me ferme comme une huître, je pleure pendant plusieurs jours. Je me remets en question. Après ça, silence radio, pendant des mois.

Là, un rayon de soleil. Chéri-Chéri qui est fatigué et qui ne sait plus quoi faire m'emmène parler avec sa maman à lui et ils m'apprennent que ce n'est pas normal. Que les mamans ne doivent pas agir comme ça avec leurs petites filles. Et pas plus avec leurs grandes filles, d'ailleurs.

Mais quelques mois plus tard, elle revient comme une fleur, elle me pardonne et tout redevient normal. Chéri-Chéri et moi on s'épouse et la vie continue.
Les souvenirs de violence morale se font de plus en plus présents mais je parle avec elle et je crois qu'on dénoue des nœuds, je crois qu'on avance et qu'on va aller quelque part. Je lui pardonne.

Mais de nouveau, une contrariété et le silence. Un long silence.

Pendant ce mutisme, j'apprends une nouvelle immense que je voudrais partager avec le monde entier. Une nouvelle qui va révolutionner nos vies. Dans mon corps, grandit une petite pousse, un minus qui nous rejoindra au printemps, un petit muguet d'amour.

Alors, bouleversée, j'ai peur. Peur de lui être toxique. Peur de lui transmettre cette maladie - ou qu'il en subisse les conséquences. Je réfléchis, je me remets en question. J'en parle autour de moi. Je lis, beaucoup. 
Et je réalise à petits pas que je suis une jeune femme gaie, volontaire et ouverte.
Que je ne suis pas malade, que je me suis juste bloquée sur cette idée, qu'elle a voulu me le faire croire. 

Je décide de ne pas la prévenir de ma grossesse. Pour me protéger et protéger ma jolie petite pousse du mal que me procure cette relation. Immédiatement, je me détends. Mon corps s'arrondit autour de l'enfant, cocon protecteur et aimant et je sais que tout ira bien. Ma grossesse débute dans la sérénité. Je me sens faite pour ça, je me sens en harmonie avec mon corps, ma vie et mon homme. Tout va bien.

Elle l'apprend, d'une de mes sœurs. Retour en fanfare, sans un mot sur les événements passés, ni sur ce si long silence. A croire que la veille encore, nous discutions gaiement au téléphone. Sauf que notre dernière marrade téléphonique remonte à des mois et notre dernier contact tout court aussi.

Pendant la grossesse, elle est à l'écoute. Prévenante, douce. 
Après l'accouchement, elle est respectueuse. 

J'y crois, cette fois. Je sais qu'elle a changé. Je remercie silencieusement mon Poussin, ma petite pousse miraculeuse, raison de cette étrange volte-face.

Quand Poussin a six semaines, nous allons passer quinze jours de vacances dans le sud. Par précaution, nous n'allons pas chez elle mais dans une belle maison qu'on nous prête. Je n'ai pas d'inquiétude, ces dernière semaines ont été si douces, si tendres. Dans l'échange et le partage. Merveilleuses. Je l'ai enfin retrouvée.

Mais sur place... 

Mon Poussin devient son Poussin. Elle me parle d' "amour grand-maternel", 

"Tu sais, un amour inné, profond, qui te vient des tripes. Avant même de le voir, je l'aimais déjà ce Poussin, je l'ai senti, je l'ai su. C'est un amour inconditionnel." 

Je suis touchée, émue de son amour si fort pour mon fils. Je ne réalise pas qu'elle s'attribue ma place de mère.

Puis, elle le présente autour d'elle comme "son petit dernier". Je lui donne mal son bain, je lui serre trop les pieds avec mon écharpe. Bien sûr, elle ne le dit pas directement. Elle est si juste, si idéale. 

Alors, elle fait l'erreur qui va la perdre. Elle se permet de prendre la voix de mon fils.

"Oh oui, je suis un gentil bébé, mais ma maman va me brûler dans ce bain trop chaud."
"Mes petits pieds sont trop serrés et ma maman ne le voit même pas, mauvaise maman"

Quand elle ne me fait pas de reproches indirects, elle en fait à Chéri-Chéri :

"Regarde moi papa, je te parle. Regarde moi, je suis tout triste, tu ne me remarques pas, vilain papa"

Elle cultive son image de "Matriarche". J'aurais beau exprimer mes doutes, on me regarde avec un regard navré que je sois si mauvaise envers elle. Elle a toujours été si douée pour sauver les apparences, pour devenir la gentille, la généreuse. L'Idéale.

Ma Tribu à qui je tente d'en faire part me fait douter. 

Notre relation a toujours été comme ça, pour les plus généreux. 
J'en fais encore toute une histoire, je n'arriverais jamais à régler ça décidément, pour les moins tendres.

Quelques semaines plus tard, j'apprends en confidence de ma grand-mère, des souvenirs qui me mettent les larmes aux yeux.

"Je ne pouvais pas te le dire avant, tu étais tellement manipulée... mais déjà quand tu étais petite..."

Je suis triste, profondément triste. Mais je crois que cette fois, c'est clair. Je crois qu'elle ne me fera plus douter. Je ne suis plus une petite boule fragile qu'elle peut piétiner.

Je me sens bien dans ma vie et dans mon corps. Ma vie, je la construis. Mon corps, je l'apprivoise à petits pas craintifs. Mes échecs je les transforme en réussites. Je prends mon temps, j'y vais à mon rythme. J'apprends à relativiser, à accorder moins d'importance aux choses, à dédramatiser. Peut-être par réaction, je m'éloigne de la surconsommation et j'aspire à la simplicité.

Je veux transmettre d'autres choses à mon fils. Je veux lui dire que les bonheurs les plus simples sont les plus doux. Je veux qu'il sache qu'il suffit de pas grand chose dans la vie pour avancer. J'aimerais créer en lui la confiance qui m'a manquée, je veux qu'il sache à quel point il est exceptionnel et quelles capacités de réussite il a. Je veux qu'il prenne conscience de son individualité et de la place qu'il a, comme tout un chacun. Qu'il sache que tout le monde a droit au respect, même un bambin, même un bébé. 

Aujourd'hui, je me sais aimée... et j'aime, j'aime tellement intensément. J'aime Chéri-Chéri. J'aime mon Poussin.

J'aime mes proches, familles et amis. J'aime ma Tribu, malgré le mur auquel je me bute dès que j'évoque le sujet.

Cela ressemble à une "Happy End".

Mais ce n'est pas fini... Parce que je ne suis pas seule, il y a derrière moi tant d'êtres aimés qu'elle casse. 

Il y a celui-ci qui peine également à se construire, trop idéaliste. Il a un tel poids sur les épaules, un tel devoir de réussite que je me demande comment il va faire

Il y a cet autre - et c'est peut-être ma plus grande inquiétude - qu'elle pourrit, qu'elle abime et qui fuit le conflit, qui se referme sur son univers. Je n'ai pas envie que ça devienne son moyen de défense systématique, je ne veux pas qu'il croit que c'est normal ou qu'il estime n'avoir aucune valeur, il est si précieux !

Il y a celle-la qui est mal dans sa peau, qui a du mal a s'accepter. Qui a un rapport au corps et à son image désastreux. Cette grande héroïne si fragile que j'ai peur de la casser par mes remarques et mes interrogations.

Il y a celle-ci, qui croit qu'une maman peut se moquer, peut humilier, peut punir et décider de la vie de ses enfants. Comprendra-t-elle un jour que chaque individu a droit au respect de tous, que chacun est libre de son corps et de ses actes des son plus jeune âge, des sa naissance ? Cessera-t-elle de prendre pour acquis qu'il DOIT exister une hiérarchie parents-enfants ? Je lui souhaite d'apprendre a relativiser ce qu'on lui dit, même si une maman parait avoir parole d'évangile.

Il y a ces autres qui souffrent d'elle -indirectement - parce qu'elle les coupe de leurs racines, qu'elle les éloigne comme des branches pourries.

Voilà, parce qu'ils sont la et parce qu'ils sont abîmés - même s'ils n'en prendront peut-être jamais conscience - rien n'est fini. Rien n'est réglé. Et je regarde impuissante le carnage continuer.